Nourrir le monde contre des miettes

« Si s’alimenter est le propre de chaque personne, il serait grand temps de dégager les femmes de cette lourde préoccupation qu’est celle de nourrir le monde. »
Bien que la nourriture soit essentielle et non genrée, le fardeau de son accès et de son adéquation repose encore et toujours sur les épaules des femmes. À la course pour préparer les lunchs des enfants, préoccupés à en avoir assez pour suivre le Guide alimentaire canadien, les femmes sont aussi présentes en grande majorité dans les organismes communautaires œuvrant en aide alimentaire. L’organisation tout comme la qualité de ce qu’elles offrent à leur famille leur reviennent principalement et on ne cesse de leur ajouter standards et attentes. Plus ciblées par les discours entourant la saine alimentation et ses multiples dérivés, cela s’ajoute à la charge mentale qu’elles portent au quotidien. Une pression dont l’ampleur se comprend aussi quand on constate qu’une telle tâche ne peut s’apparenter avec un faible revenu et un flagrant manque de temps. C’est pourtant trop souvent leur réalité.

Si s’alimenter est le propre de chaque personne, il serait grand temps de dégager les femmes de cette lourde préoccupation qu’est celle de nourrir le monde. L’alimentation est un droit et un besoin pour lequel chaque individu devrait contribuer. Nous ne rappellerons jamais assez que les gouvernements auraient tôt fait de s’attarder à bâtir une société où se nourrir convenablement ne relève plus du défi.

Initiées par des femmes désirant se réapproprier leur alimentation et trouver une alternative solidaire de développement de l’autonomie alimentaire, les cuisines collectives sont demeurées un espace où la cuisine n’a ni âge ni sexe. En cette journée internationale des droits des femmes, nous saluons ces pionnières qui ont constitué des espaces solidaires et inclusifs où la cuisine est l’affaire de toutes et tous. Trente ans plus tard, elles nous rappellent que malgré un bout de chemin qui se dessine, les femmes sont encore les plus désavantagées et les premières à remplir nos assiettes.

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