L’insécurité alimentaire au temps du coronavirus

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« Il n’est pas question que quelqu’un au Québec manque de choses à manger », s’est empressé de répondre fermement notre premier ministre alors qu’un journaliste lui présentait la réalité des Québécois nouvellement sans emploi.

Monsieur Legault a même tenu à rassurer ces personnes se retrouvant face à une situation d’insécurité alimentaire : « C’est correct d’aller chercher de la nourriture dans les banques alimentaires. Il ne faut pas être gêné. Ce n’est pas de votre faute si vous avez perdu votre emploi. », insiste-t-il, empathique.  On répond donc à ces derniers que le gouvernement ne laissera tomber personne. Humble réaction, des plus proactive et engagée, dira-t-on. Pas question que quelqu’un manque de choses à manger, on se comprend bien ? Est-ce une promesse pour l’ensemble des Québécoises et Québécois ou uniquement pour les gens dont la situation n’est « pas de leur faute » et temporaire ?

Alors que 2019 était bien loin d’une crise sanitaire, c’est pourtant 1,9 million de demandes d’aide alimentaire qui ont été adressées chaque mois aux banques alimentaires du Québec. Et comme le dit si bien le Docteur Arruda, ce chiffre, c’est d’abord et avant tout des personnes. Avec ou sans emploi, habituées, occasionnelles ou alors complètement étrangères aux services de dépannage, ce sont des personnes qui ont manqué de chose à manger. Des personnes qui, certes, ont eu un coup de pouce des banques alimentaires, mais dont la situation d’insécurité alimentaire ne s’est pas retrouvée résolue pour autant. Crise du Coronavirus ou pas, l’insécurité alimentaire fait bel et bien parti du paysage québécois.  Devoir se tourner vers le dépannage est toujours une solution de dernier recours et non un service qui départi le Québec du phénomène d’insécurité alimentaire. Sans un revenu de base garanti, ce sera toujours sur elles que nous nous rabattrons, honteuses et honteux, peu importe la situation qui nous y a conduits. Parce qu’il y aura toujours un jugement qui départagera le mauvais pauvre du bon pauvre, celui dont ce n’est « pas la faute » …

Les organismes communautaires rament à contre-courant toute l’année et elles doivent maintenant redoubler d’efforts avec une nouvelle vague d’appels à l’entraide. On peut voir dans les médias que la plupart des organismes offraient plus d’une centaine de dépannages par semaine et que ce chiffre bondit depuis la crise. On demande plus de bénévoles, plus de subventions et on les comprend. Déjà qu’en temps normal, les ressources manquent cruellement. Réagir devant une soudaine augmentation de l’insécurité alimentaire est louable, mais comment ne pas sourciller devant les centaines de demandes hebdomadaires pré-crise ? À ces familles, leur promet-on aussi qu’elles ne manqueront de rien ?

C’est lors du point de presse du 26 mars dernier que cette promesse a été formulée. C’était aussi la Journée nationale des cuisines collectives, une journée qui souligne depuis 23 ans un mouvement qui se bat pour l’autonomie alimentaire et le respect du droit à l’alimentation pour toutes et tous. Ces paroles ont résonné d’autant plus chez les actrices et acteurs du mouvement, témoins de première ligne de ces familles qui manquent de choses à manger à longueur d’année. Parmi elles, bon nombre de personnes occupent un emploi ne leur permettant pas de sortir de la pauvreté : une réalité que le Québec endosse sans la moindre gêne. Les banques alimentaires peuvent certes les dépanner, mais ne leur donnent aucun pouvoir d’agir sur leur alimentation et leur rappellent qu’elles n’ont d’autres choix.

La situation actuelle est exceptionnelle et devoir se tourner vers les banques alimentaires devrait l’être tout autant. Si on souhaite retirer un tant soit peu de lumière après la tempête du covid-19, permettons-nous d’espérer qu’elle remettra en perspective le désengagement dont le Québec faisait preuve pour retirer l’insécurité alimentaire de son portrait social.

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