Ode au RCCQ

IMG_3888Ce texte a été réalisé par le clown Céleri, dixit Barbara Rufo, de la Coop Interface, lors du colloque du 25e anniversaire du RCCQ, le 31 mai 2016. Il s’agit essentiellement d’une courtepointe de mots glanés lors de la Réflexion collective : se souvenir, se projeter autour de desquels nous avons cousu du sens.

Se lever tôt le matin pour découvrir des âmes sensibles et belles. Des femmes à la louche et des hommes en petites pincées qui, bien qu’ils égarent leurs lunettes, n’en perdent pas pour autant ni le cœur ni la tête.

Se donner trois mots pour partager nos coups de cœur et nos bons coups en se mettant en cercle. Les plus anciens, bien au chaud au milieu, les plus récents à l’extérieur, pour bien emmagasiner, tout en partageant et ceux et celles du milieu qui font courroie de transmission. Entamer un chant à la manière des premières nations où chacun donne une perle pour faire un collier de choses précieuses auxquelles ont tient et dont on est fier : j’aime la famille et j’aime les autres et je veux cuisiner pour le plaisir d’être ensemble. Le sens de la communauté est important pour moi, surtout si je le conjugue avec solidarité, entraide, partage, équité et confiance. C’est tellement l’fun d’avoir des recettes faciles que je cuisine avec passion pour pouvoir être autonome et partager mes connaissances dans la fraternité et la générosité, sans oublier de déguster de la tendresse avec… du sucre par-dessus. Aimer l’animatrice parce que c’est drôle, oui, mais aussi parce tous ces coups de cœur, on les partage tellement qu’il est difficile d’en trouver des nouveaux. On ne fait pas juste se rassembler, on se fait aussi de nouveaux amis, d’ici et d’ailleurs, de près et de très loin même, mais toujours si proche dans nos
cœurs parce que faire de la cuisine populaire c’est collaborer en se mélangeant aux autres, c’est réseauter dans la créativité juste pour le plaisir de faire un pied de nez au capitalisme. Et ne jamais oublier de rire, rire trois fois même.

Même si la démocratie, le développement du pouvoir d’agir et l’éducation populaire c’est tout à fait sérieux et qu’on en veut, encore et toujours, pour grandir, seule ou en collectivité, dans la découverte de l’autre tout en faisant le plein de connaissances, dans le respect et la bonne humeur. Passer à table pour relever des défis, à la table des régions, bien sûr, parce qu’on est toujours plus fort ensemble, et on en profite pour dire… qu’on aime la directrice! On en profite aussi pour s’entraider et accroître notre conscience sociale pour pouvoir affronter les économies et tisser des maillages politiques qui permettront à tous et à toutes de sortir de l’isolement et on se promet qu’on sera toujours là, sur la scène ou en coulisse, pour développer de la chaleur humaine, dans toutes les régions et partout dans le monde.

Être invités ensuite à réfléchir, en petits groupes cette fois, sur les acquis et les réalisations du RCCQ, sur les outils et les orientations qui se présentent sous forme de nuages avec lesquels on trouvera le moyen de faire de la pluie, sans orage. S’écouter parler, entendre la voix de l’autre, accepter toutes les idées sur un bout de papier carré pour ensuite décider ensemble de ce qu’on retient, parce que ces envies de partager et de collaborer ne sont pas que des mots. Écouter aux tables, pour glaner des mots autour de la récolte des gouttes. Des gouttes de joie qui sont là depuis je ne sais combien de temps et qui n’ont pas le choix de s’adapter. Mettre du sel dans les herbes pour démarrer le dispositif de mobilisation en se grattant le nez avec des carottes et des oignons qu’on achètera en gros avec l’accord du comité de financement, bien sûr. Partir de notre quartier, faire du travail communautaire pour négocier avec le ministère de la Santé des millions de dollars pour mobiliser toutes les personnes, mais aussi bâtir des liens avec d’autres cuisines et parfois même partir en Haïti, au Pérou ou ailleurs pour essaimer cette idée fantastique de cuisine collective (et aussi pour se laisser inspirer). Étirons-nous pour prouver que nous sommes bien vivants, car c’est quand même grâce à la sécurité alimentaire que nous améliorons nos conditions de vie.

Le territoire, c’est tout un enjeu, car parfois, quand on est loin, on ne trouve même pas les ingrédients pour faire nos recettes. On appelle ça : un désert alimentaire. T’imagines s’il faut aller jusqu’à Rivière-du-Loup ou les Îles-de-laMadeleine? Quand bien même t’arriverais à prendre le bus pour aller jardiner ou cuisiner collectivement, après tu dois repartir avec ton bac en plastique pis toutte… Avoue, c’est pas pratique! On comprend bien que c’est un système complexe tout ça où plein de questions de société s’entrecroisent puisqu’on parle aussi bien d’éducation que d’environnement, de transports en commun que de se rapprocher de la terre. D’ailleurs, j’ai une amie qui emmène son frère, mais il ne sait pas vraiment quoi faire avec la nourriture. Commence donc par manger, coudon, c’est bon pour toi, et même si tu as de l’argent, tu es tout à fait bienvenue. C’est ça qui est platte un peu, c’est de trouver une façon pour que les gens comprennent que ce n’est pas juste pour les pauvres, les cuisines collectives. Prenez ma mère, par exemple, elle aime juste voir du monde, surtout depuis que son mari n’est plus là, et si on lui avait dit qu’elle prenait la place d’un pauvre, elle l’aurait pas pris.

Tout d’un coup une personne court après son ombre pendant quatre semaines et nous informe comme c’est bon quand on est un groupe où on intègre mieux les apprentissages. De mon côté, j’informe mes voisins que ma bellemère vient souper chez nous tous les jours. Et ça me rappelle que c’est aussi une grande famille, le RCCQ. C’est aussi embarquer dans un bateau (comme à Drummond) et… si t’embarques pas, ben, c’est dangereux parce que tu peux couler. C’est dur, la lutte contre la pauvreté, qui me fait sortir de ma coquille parce que ce n’est pas facile d’être en groupe. Et me voilà papillon qui s’envole pour construire mon tempérament, en espagnol, pour faire de l’économie sociale pas juste avec de la bouffe.

Puis, Dieudonné et Thérèse nous changent les idées en faisant un compte à rebours de 25 jusqu’à la coupe du ruban pour l’inauguration de l’incroyable musée du RCCQ. Comme il est beau et réaliste avec sa petite touche rétro et… vintage. On peut même y prendre sa douche et se rincer l’œil derrière le rideau. En pendant qu’on vient prendre un café parce « prendre un ti verre c’est agréable », d’autres vont faire des vocalises avec l’alphabet en suivant le coordonnateur. D’autres encore placotent et se disent qu’il n’y a rien de mal à solliciter des gens pour avoir des sous, surtout quand on a un numéro de charité et que, finalement, le mouvement, c’est comme ça qu’il prend de la force aussi. Enfin, d’autres encore, se cachent pour bâtir leur atelier sur le compost ou cherchent les points communs entre les cuisines et la Fondation OLO. Il y a vraiment toutes sortes de personnes, toutes engagées et motivées, passionnées et convaincues.

Et on s’en va compléter nos graines en mangeant des pommes pour cultiver notre jardin jusqu’à faire fleurir le RCCQ en faisant des échanges et des trocs. C’est aussi ça l’empowerment!

Mais, parlons sérieusement de ce qu’on va semer sous les nuages :

Pourquoi ne pas commencer par lutter contre le gaspillage tout en s’organisant pour avoir plus d’argent (et récurrent s’il vous plaît!) et s’il le faut, on pourrait faire des démarches politiques pour s’engager dans le virage vert avec des règles environnementales pour la santé physique et mentale. Qu’il y ait plus d’hommes et de papas aussi, pour qu’un jour on n’ait plus besoin de se battre et de mobiliser les membres et les régions. On nous invite en voyage, en passant par la Gaspésie, où les participants auraient des horaires plus flexibles pour accueillir ceux et celles qui travaillent. On bâtirait des partenariats avec les commissions scolaires et les CSSS pour faire des petits un peu partout (ah, c’est pour ça le lit dans le musée, je vous pogne, bande de cochons J. Et une fois qu’ils seront grands, ces petits, ils pourront faire connaître les cuisines collectives non seulement dans toutes les régions, mais aussi dans le monde entier jusqu’au Mexique et au Salvador.

Allez, soyons audacieux, organisons-nous pour éliminer les situations d’urgence et les dépannages alimentaires et ouvrons des marchés solidaires où on mangerait sain, bio et local. Au passage, jetons un sort à la malbouffe et à tous les emballages qui nous empoisonnent. Nous, on veut se rapprocher de la terre et faire des jardins pour accroître l’autonomie de chacun. Contribuons au nouveau guide alimentaire et à bâtir une politique alimentaire, jusqu’à devenir tellement incontournable qu’on serait le numéro 1 face au gouvernement. Ce dernier serait alors bien obligé de s’organiser pour réduire notre empreinte écologique en même temps qu’on multiplierait les cuisines collectives pour qu’elles soient partout : dans les quartiers, les écoles, les universités. Et prônons le retour de l’éducation populaire qui aboutirait à la fin… de la faim. N’ayons pas peur de voir dans le RCCQ le leader en droit alimentaire, le fédérateur des bonnes pratiques en gestion de budget, le redistributeur de richesses jusqu’à ce que le revenu minimum soit garanti pour s’acheter du matériel aussi beau que le frigidaire du musée et être certain de ne jamais en manquer. Et de famille en famille, on pourrait s’éduquer pour créer des groupes d’achats collectifs et solidaires, ensemble, parce que la santé, ce n’est pas un luxe. Pis tant qu’à y être, le RCCQ pourrait devenir guichet unique pour toutes les cuisines collectives afin qu’elles accèdent à un financement de base, deviennent plus autonomes tout en touchant des subventions et en gardant sa liberté d’agir. Et il n’y aurait plus qu’à choisir un porte-parole qui veillerait à ce qu’il y ait des cuisines collectives dans toutes les municipalités. Et tant qu’à rêver, on s’amuse à dire des gros mots comme ONU, OMS et UNESCO et on s’applaudit pour être certains de rêver plus grand encore.

Et voilà, se souvenir pour mieux se projeter… on est passé par les nuages, dont on a fait tomber de la pluie de joie qui fera grandir les semences sous la chaleur du RCCQ, de son équipe et se son conseil d’administration. Vraiment, elle est trop hot cette Bianca!

Et si j’ai jusqu’à maintenant choisi vos propres mots pour refléter la matinée, laissez-moi, avec les miens, vous proposer quelques pensées. Sachez que je fréquente le communautaire depuis plus de vingt (20) ans, de l’intérieur comme militante et de l’extérieur comme consultante et malgré ça, je vous trouve uniques : vous êtes sensibles et respectueux, engagés et passionnés, accessibles et pas compliqués. On sent très bien que ce pour quoi vous vous battez fait du sens et ça fait « saprément » du bien, dans une période de compétition et d’austérité de savoir qu’il existe un îlot de fraîcheur pour combattre la pauvreté et vivre la solidarité de la terre à l’assiette, des îles jusqu’à Montréal avec empathie, conviction et générosité. J’étais venue avec l’idée de faire le clown pour vous divertir, mais c’est la tendresse de ce dernier que vous êtes allez chercher. Je vous souhaite que votre bleu déteigne sur tout le Québec et bien au-delà, comme un arc-en-ciel de bonheur infini.

Merci, c’est fini, parole de Céleri!!!

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