Article-Bien manger à petits prix

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la presse 4 déc2015SEPT JOURS, CINQ PERSONNES ET 291 $

Ma facture d’épicerie hebdomadaire est évidemment bien plus élevée que ce prix cible. Comment y arriver ? En surveillant de très près les prix et en n’achetant aucun produit transformé – ce qui implique de tout fabriquer, muffin, biscuits et desserts et de n’acheter aucun fruit et légume préparé – adieu mesclun prélavé et chou précoupé.

« C’est très contraignant, dit Jackie Demers, directrice générale du DDM. C’est comme si on demandait aux familles à faible revenu de fonctionner de façon plus efficace que les gens qui évoluent dans des conditions optimales ! »

Évidemment, dans ce panier, on parle uniquement de nourriture : aucun article d’hygiène – papier de toilette, dentifrice, mouchoirs – n’y figure. Ils doivent donc être ajoutés au budget.

Suzanne Lepage et moi partons donc pour mon épicerie de quartier. Mme Lepage a en main les quantités précises de chaque groupe alimentaire que nous devons manger.

Mme Lepage a également en main la feuille de prix repères, c’est-à-dire le meilleur prix pour chaque catégorie d’aliments lorsqu’ils ne sont pas au rabais. Ces prix sont révisés sur une base annuelle par l’organisme après des visites dans des dizaines d’épiceries. « Cela permet aux gens en un coup d’œil de savoir si ce qu’ils achètent est un bon prix ou pas. »

Suzanne Lepage m’avertit : « Vous allez voir, c’est toute une job d’économiser à l’épicerie. Il faut calculer, comparer, regarder les étiquettes. Imaginez si vous avez un secondaire 1 et pas trop de mathématiques… »

PREMIER ARRÊT : LES VIANDES

Quantité requise : 3,06 KG

Prix repère : 10,90 $ le kilo

On saute sur le bœuf haché à 7,59 $ le kilo, un excellent prix pour le bœuf, estime Suzanne Lepage. Avec mon paquet de bœuf haché qui pèse un peu plus d’un kilo, la nutritionniste estime que je peux faire un pâté chinois ET un chili, qui deviendra quasi-végétarien, avec beaucoup de haricots rouges. Je grimace. Pas sûre que mes trois garçons vont apprécier. J’achèterai un paquet de plus demain qu’on ajoutera à la facture totale. Avec deux poulets à 6,37 $ le kilo, une épaule de porc au rabais et 20 tranches de jambon cuit, on en arrive à nos trois kilos. « Tout ce qui est produit animal est extrêmement cher. Même le poulet est plus cher qu’il y a cinq ans. »

SECOND ARRÊT : LES POISSONS

Quantité requise : 1,38 KG

Prix repère :  14,57 $ le kilo

Absolument aucun poisson frais n’entre dans les critères de prix de Suzanne Lepage. Le sac de filets de sole à 10,99 $, par contre, oui. « C’est vraiment un bon prix. » Les filets, avec des épinards, des tomates et du fromage, feront deux repas de sole florentine. En ajoutant trois boîtes de thon en solde à 1,39 $, on arrive à la quantité visée.

TROISIÈME ARRÊT : LES FRUITS

Quantité requise : 10 KG (Dont 5 kg d’agrumes)

Prix repère : 2,41 $ le kilo pour les agrumes et 3,48 $ le kilo pour les autres fruits

Le sac d’oranges à 3,99 $ est trop cher. La caissette de clémentines passe le test ainsi que six pamplemousses rouges. Avec trois boîtes de jus d’orange surgelé, la quantité d’agrumes est atteinte.

Côté fruits, très peu sont sous la barre du prix repère. Les bananes, évidemment. Trois kilos de bananes aboutissent dans le panier. Les pommes ? À l’individuel, elles sont trop chères. On opte pour un sac d’un kilo et demi à 3,99 $ le sac. Les poires sont toutes trop chères. Les raisins à prix réduit passent le test : un kilo.

On complétera l’apport en fruits dans les allées avec des pêches et une macédoine de fruits en conserve. « Les gens qui n’ont pas beaucoup de sous ne mangent jamais certains fruits, comme les fraises. Elles sont toujours trop chères. Surtout celles du Québec… »

QUATRIÈME ARRÊT : LES LÉGUMES

Quantité requise :  12,5 KG

Prix repère :  3,81 $ le kilo

À ce prix, la quasi-totalité des beaux légumes de mon épicerie sont hors de ma portée. On opte pour un sac de cinq livres de carottes. J’ajoute un kilo de betteraves en sac. Des oignons, deux kilos. Des épinards.

Mme Lepage repère les tomates fraîches. « C’est peu probable qu’on puisse en acheter. » Mais oui, tiens, une variété est en spécial à 2,18 $ le kilo : huit tomates. Un chou entier qui fera une belle salade de chou et une soupe aux légumes avec les carottes. Un céleri-rave, qui finira dans une purée.

Les poivrons, les aubergines, les haricots, les asperges, les avocats… tout le reste est trop cher. Une tête de romaine, par contre, c’est à notre portée. Avec un pied de céleri, une courge musquée et un sac de maïs en grain surgelé, on a nos 12 kilos. « Tout le monde pense que les légumes, ça coûte cher. Mais si tu fais ton épicerie de la bonne façon, c’est possible d’en acheter beaucoup. »

CINQUIÈME ARRÊT : LES FÉCULENTS

Quantité requise :  7,7 KG de patates, 7 pains et 2,5 KG de riz et de pâtes

Prix repère : 1,10 $ le kilo pour les patates, 2,99 $ pièce pour le pain, 2,63 $ le kilo pour les pâtes et le riz

On ramasse un gros sac de 10 lb de patates.

Le choix est beaucoup plus difficile dans l’allée des céréales. Une seule boîte, les céréales granolas de marque maison, sont décrétées assez économiques. Le petit sac de flocons d’avoine est également à un prix abordable.

Même scénario du côté du pain : une seule marque – la marque maison – est correcte. Heureusement, les muffins anglais sont à prix réduit « sinon ça ne passerait pas », dit Suzanne Lepage. On ajoute deux paquets de tortillas pour manger avec le chili et faire des sandwiches.

Le riz ? Le seul qui passe le test est le riz à grains longs de marque maison.

SIXIÈME ARRÊT : LES LÉGUMINEUSES

Quantité visée : 1 KG

Prix repère :  4,92 $ le kilo

Avec deux boîtes de haricots rouges – dans le chili ! – et une boîte de haricots mélangés qui fera une salade de légumineuse dans les lunchs, on en arrive à la quantité recherchée. Les légumineuses sèches sont évidemment beaucoup plus économiques, mais les Québécois sont en général peu enclins à les acheter, dit Suzanne Lepage.

SEPTIÈME ARRÊT : LES PRODUITS LAITIERS

Quantité requise : 26 L de lait, 750 G de fromage

Prix repère : 1,55 $ le litre et 14,81 $ le kilo pour le fromage

Pourquoi autant de lait ? « Le lait, c’est la source de protéines qui coûte le moins cher. Si on n’a pas tant de viande que ça, avec un verre de lait, ça complète le repas », explique Suzanne Lepage.

Voyant mon ahurissement devant cette quantité, la nutritionniste indique qu’on peut convertir une partie du lait en yogourt. Avec mes 16 L de lait, j’opte donc pour un gros pot de yogourt au café soldé. La crème glacée ? « On entre dans les gâteries. Il n’y a pas d’argent pour ça. »

La seule variété de fromage qui entre dans les prix, ce sont les briques de cheddar de marque maison, dont la quantité ne cesse de diminuer, observe la nutritionniste. « Quand on a commencé à faire le relevé de prix, on avait le double de la quantité. Ça diminue en quantité, mais pas en prix ! »

HUITIÈME ARRÊT : AUTRES PRODUITS

Quantité requise : le moins possible

Prix repère : le moins cher possible

Café, confitures, margarine, huile, farine, cacao, raisins secs : il faut évidemment acheter tout cela et le panier minimum le prévoit. On aura 2,5 kg de farine, 1 kg de sucre, 1 kg de cassonade, du cacao et des raisins secs chaque mois pour fabriquer des biscuits, des muffins.

Quant aux biscuits tout faits, leur achat n’est pas prévu. Devant mon regard effaré – mes enfants sont de très grands consommateurs de biscuits – la nutritionniste me concède deux boîtes de biscuits Dare au prix incroyable de 1,19 $ la boîte. Je ne les avais jamais aperçus dans les étalages. « Ils sont situés tout en bas, exactement à l’endroit où l’industrie alimentaire ne veut pas que vous regardiez ! »

À LA CAISSE

Je n’ai aucune idée de ce que coûtera cette épicerie si bien équilibrée. Par contre, j’ai calculé mentalement mes repas : en ajoutant un paquet de bœuf haché pour mon pâté chinois et en utilisant les restes pour les lunchs de tout le monde, on en arrive à nos 21 repas pour cinq personnes.

TOTAL DE LA FACTURE : 241,03 $

Lire l’article de La Presse – 4 décembre 2015

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